the cathedral
- Philippe Braquenier
Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le nombre de régimes autocratiques dans le monde dépasse celui des démocraties libérales. Selon le Democracy Report 2025 publié par l’Institut V-Dem de l’Université de Göteborg, 72 % de la population mondiale vit aujourd’hui sous un régime autocratique, contre 49 % en 2004. En l’espace d’une génération, le basculement s’est opéré presque silencieusement. Non pas sous la forme spectaculaire des coups d’État militaires du XXe siècle, mais à travers une lente érosion des institutions, une normalisation des discours autoritaires et un affaiblissement progressif des imaginaires démocratiques.
The cathedral prend naissance dans ce constat.
Le projet explore la dissolution des valeurs démocratiques à travers le territoire de Bruxelles, envisagé comme un laboratoire politique, symbolique et architectural. Capitale de la Belgique et siège des principales institutions européennes, Bruxelles apparaît souvent comme l’incarnation d’un idéal démocratique occidental, prolongement de l’idéologie des Lumières du 18ème siècle.
Ce n’est donc pas un hasard si le projet s’appuie sur les théories du Dark Enlightenment, courant de pensée néoréactionnaire développé au début des années 2010 autour de figures comme Curtis Yarvin ou Nick Land. Opposé aux principes égalitaires issus des Lumières, ce mouvement considère la démocratie libérale comme un système inefficace, condamné à l’effondrement. Dans cette vision du monde, les institutions démocratiques ne seraient qu’une illusion de participation masquant un pouvoir déjà capturé par des structures culturelles et bureaucratiques invisibles : universités, médias, administration, production culturelle. Cette structure informelle du pouvoir est désignée sous le terme de « cathedral ».
Le titre du projet renvoie directement à cette notion ambiguë. La cathédrale n’est plus ici un édifice religieux, mais une architecture idéologique. Un système de croyances diffus, omniprésent, qui organise la société tout en prétendant incarner la neutralité morale et politique. Mais le titre fonctionne également comme une métaphore plus large : celle d’une civilisation occidentale construite sur des récits de progrès, de stabilité et de rationalité, dont les fondations semblent aujourd’hui vaciller.
Dans de nombreuses démocraties occidentales, le sentiment d’impuissance politique se généralise. Le vote semble ne plus produire de transformation réelle. Les institutions apparaissent à la fois omniprésentes et incapables de répondre aux crises qu’elles traversent. Le système politique belge constitue dans ce contexte un cas d’étude particulièrement singulier. Construit sur un équilibre complexe entre compromis permanents et gouvernements de coalition, il repose sur une architecture institutionnelle pensée pour empêcher toute concentration excessive du pouvoir. Les mécanismes de représentation proportionnelle, les multiples niveaux de gouvernance et le cordon sanitaire instauré autour de l’extrême droite participent de cette volonté historique de préserver un équilibre démocratique fragile.
Mais The cathedral s’intéresse précisément à ce qui échappe à ces dispositifs de protection. Le projet questionne comment un pouvoir exécutif et des personnalités politiques successives ont réussi à détricoter différents niveaux de pouvoirs au fil du temps.
Car les démocraties contemporaines ne disparaissent pas nécessairement par effondrement brutal. Elles se transforment lentement, parfois imperceptiblement. Les structures demeurent en place tandis que leur substance se vide progressivement.
Agenda
Passé
Créé par
Philippe Braquenier
15:26Claude responded: Philippe Braquenier est un artiste visuel belge basé à Bruxelles.Philippe Braquenier est un artiste visuel belge basé à Bruxelles. Fasciné par la connaissance — et par la manière dont elle est collectée, utilisée, partagée et stockée — son travail invite à un discours sur notre obsession de l'information à une époque où les données deviennent toujours plus omniprésentes, tout en restant de plus en plus invisibles. Avec un regard retenu et impassible, Braquenier relie ces idées à des questions d'une portée bien plus large : l'évolution, l'héritage et le caractère précaire de la révolution numérique.
Il est titulaire d'un bachelier en photographie de la HELB et a travaillé dans le secteur publicitaire jusqu'en 2016. Depuis sa reconversion professionnelle, il a exposé notamment à l'Aperture Foundation à New York, au pavillon belge lors de la Biennale de Venise en 2018, ainsi qu'au festival JIMEI X ARLES.
En 2020, il a été finaliste du Prix de la Découverte Louis Roederer (Les Rencontres d'Arles).
Crédits
Artiste: Philippe Braquenier
Production: Ohme